Je me souviens de mon premier rapatriement sanitaire du service de pédiatrie de l’hôpital de Toulon vers celui de l’hôpital de Lyon.  Un diabète inaugural avait été découvert chez un enfant d’ un an et demi. La maman alertée par les énormes quantités d’eau que buvait son fils, s’était rendue aux urgences. Ils étaient en vacances. Le  diagnostic fut un choc pour cette  famille d’artistes qui ne voulait ni règles ni rigueur. Leur vie a changé  sans prévenir.

J’ai amené la maman et son enfant en ambulance jusqu’à Lyon. Je me souviens de la foule de questions qu’elle me posait: « On ne cesse de m’expliquer qu’il va falloir contrôler l’apport de sucre chez mon enfant.  Je ne comprends pas pourquoi on lui donne du lait éveil alors qu’ il y a du sucre. Je ne comprends pas pourquoi quand il boit du premier âge, ses glycémies sont correctes et dès qu’on lui donne du deuxième âge, rien ne va plus. Ceux ne sont pas des bons laits ? Pourquoi il y a du sucre ? Pourquoi on me dit de ne pas donner du sucre et on lui donne du sucre ? ».

Ma réponse fut simple : «  Je ne suis pas votre pédiatre. Je ne peux vous donner tous les conseils adaptés alors que vous allez en maternité et qu’un pédiatre vous dira autre chose. La seule chose que je puisse vous dire, Madame, c’est que vous avez raison. Regardez toutes les étiquettes et apprenez. Vous y voyez mentionné sucre, vous n’achetez pas. Cuisinez vous-même le plus possible, et ça ira.»

Que dire de plus à cette pauvre mère qui était déjà si angoissée mise à part d’être attentive à tous ses achats et d’apprendre.

Chez un bébé, un enfant, les doses d’insuline sont minimes. Ça bascule vite. Ce petit a eu une pompe insuline.

Qu’y a-t-il dans ces laits ?

Dans l’esprit collectif, les laits maternisés sont équivalent au lait maternel, voire mieux : plus pratiques, moins contraignants, « parfaitement adaptés à bébé », aussi bon que celui de maman…

Comment l’allaitement qui est la chose la plus physiologique et la plus naturelle possible a pu être aussi vite et si facilement supplémenté.

Lisez les étiquettes et vous remarquerez que les laits maternisés sont composés :

  • De lait de vache déshydraté. Ne dit-on pas qu’il est mauvais pour la santé, allergisant, trop riche pour bébé ? Pour pallier à cela, l’industrie agroalimentaire a trouvé la solution : du lait de vache déshydraté où on a enlevé ce qui est en trop et rajouté ce qu’il faut, à savoir, sans la caséine et les protéines solubles allergisantes, avec des huiles et protéines de toutes sortes. Ces laits sont vendus en pharmacie à des prix non négligeable…
  • De probiotiques à forte dose pour que bébé puisse digérer le lait de vache. Si le terrain familial est propice à l’eczéma, aux intolérances, aux troubles digestifs, aux allergies en tout genre, c’est juste bénéfique pour bébé.
  • De sucre raffiné à index glycémique élevé.
  • De l’amidon, très utile pour la satiété et aider bébé à faire ses nuits. Il prévient en principe les régurgitations. Les régurgitations sont naturelles chez un bébé mais c’est dérangeant apparemment. A partir du moment où bébé grandit et grossit bien, pourquoi s’inquiéter ?
  • Des huiles végétales de toutes sortes et notamment de l’huile de palme…
  • Du fer, des vitamines et des minéraux, des acides aminés. Oui, les laits maternisés en sont pauvres et sont source de carences graves. l’industrie agroalimentaire les  rajoute pour pallier au manque.

Je vous passe les détails de la fabrication. Personnellement cela m’a fait changer d’avis.

Et le diabète ?

On lit souvent des articles où les laits végétaux sont décriés, vus comme des sources de mauvaise nutrition, carences et j’en passe. Leurs effets sur bébé semblent plus dramatiques que bénéfiques.

En ce qui concerne les laits maternisés, on lit tout et son contraire dans les études scientifiques.

En 2013, la revue américaine « Journal of Protéome Research », publie une étude qui constate que les laits infantiles auraient plus tendance que le lait maternel à entraîner à l’âge adulte des problèmes d’obésité, de diabète, des pathologies du foie et du système cardio-vasculaire.

D’un autre côté, en 2014, l’étude internationale “Trial to Reduce IDDM in the Genetically at Risk” innocente les laits maternisés : les laits infantiles ne sont pas à l’origine de plus de cas de diabète de type 1. Ok, mais qu’en est-il du diabète de type 2 ?

L’étude ne mentionne rien, dommage.

Pour finir, en 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publie ses conclusions après avoir étudié 30 000 enfants âgés de 6 à 9 ans dans 16 pays européens. Ceux n’ayant jamais été allaités, mais nourris au lait en poudre, ont 22% de probabilité en plus d’être obèses par rapport à ceux qui ont été allaités.

Pour diminuer le risque d’obésité, l’OMS préconise un allaitement d’au moins 6 mois.

Soyez conscient qu’entre obésité et diabète de type 2, il n’y a qu’un pas. Une obésité infantile  entraine un diabète à l’âge adulte. N’oubliez pas que la sollicitation intense du pancréas provoque une résistance des tissus à l’insuline.

On oublie trop souvent l’impact psychologique du surpoids pour un enfant. Les remarques des compagnons de classe, l’isolement et l’engrenage que cela représente. Oui, j’estime que ces laits sont vraiment mauvais.

Que faire si vous ne pouvez pas allaiter ?

Je ne suis pas là pour juger mais pour conseiller.

–Si vous ne pouvez allaiter ou si vous ne voulez allaiter, utilisez les laits en poudre le moins longtemps possible et passez à une alimentation variée rapidement.

–Éviter les laits « éveil » et tous les produits laitiers industriels pour enfant. Ce sont des sucres inutiles. Lait pour lait, donnez du lait de vache écrémé ou demi-écrémé, ou sans lactose.  Ils sont moins allergisants. Après tout, dans les pays non industrialisés et moins riches que les nôtres, les enfants ont leur biberon de lait de vache ou de soja, ou de riz. Ils grandissent bien.

Pour  toutes vos questions vous pouvez m’envoyer un mail sur contact@diabetcontrol.com. Je vous répondrai avec plaisir.

Dr Audrey Levy