Les mots me manquent pour qualifier l’année que nous vivons. Les mots me manquent pour décrire ce que chacun d’entre nous supporte.

J’ai donné naissance à  ma fille juste avant le premier confinement. Je suis médecin et j’étais remplie d’angoisse, pour elle, pour moi, pour ma famille.

Je suis asthmatique, je fais partie de la population à risque. Vous êtes diabétiques, vous faites partie de la population à risque.

Aujourd’hui, bien qu’il y ait ce nouveau confinement, nous avons plus de données et de recul sur ce virus.

Voici les réponses aux questions les plus courantes qui me sont posées.

Puis-je allaiter alors que je suis diabétique ?

La réponse est sans aucun doute : OUI !

Donner naissance à un enfant dans notre monde actuel est une grande responsabilité. C’est une joie immense, mais aussi une source de stress intense. Les hormones nous faisant changer d’humeur à tout instant, il peut être difficile de se canaliser. La fin de grossesse est pour beaucoup compliquée et la mise en place de l’allaitement un vrai casse-tête.

Pour une femme diabétique, c’est encore plus kafkaïen. La glycémie joue au yoyo.

Ne cédez pas à la panique, clamez-vous. Vous êtes à l’hôpital ou dans une clinique, donc dans un milieu sécurisé, entourée de professionnels, où tout le monde est là pour vous rassurer et vous aider. Utilisez cette période pour vous poser et prendre des repères. Je vous incite à lire mon article : Allaitement et diabète. J’y décris quelques règles à suivre.

Puis-je allaiter mon enfant si je suis porteuse du covid-19 ou si je suis malade ?

Voici une bonne nouvelle qui j’espère vous rassurera. En effet, selon l’OMS, aucun virus vivant n’a été retrouvé dans le lait maternel à ce jour. Seuls des fragments du matériel génétique du virus ont pu y être détectés, sans conséquence sur l’allaitement et le nourrisson.

Il semblerait aussi que ce virus soit essentiellement transmis par les voies respiratoires et non par la peau. Vous pouvez donc allaiter votre enfant en toute tranquillité.

Un geste simple et précautionneux est aussi de vous laver le mamelon au savon. Evitez le gel hydro-alcoolique, si vous avez des crevasses ou une irritation de la peau, vous allez avoir mal. Le gel laisse aussi un goût et une odeur désagréable sur votre peau que bébé sentira, et s’il en reste encore  il en goûtera. Les muqueuses de sa bouche peuvent s’irriter également.

     Si vous êtes porteuse ou malade, je vous recommande, malgré l’inconfort, de vous mettre un masque de protection. Essayez de procéder ainsi: mettez votre masque en premier, puis lavez-vous les mains et le mamelon en dernier. Ne touchez pas votre masque le temps de l’allaitement.

Récemment une étude américaine sur 116 patientes a montré que l’allaitement pouvait se pratiquer en toute sécurité si la mère prenait les précautions d’hygiène que je vous ai mentionnées plus haut. Par ailleurs, durant cette étude, la plupart des bébés étaient dans la même chambre que la mère infectée et aucun cas de covid-19 ou de symptôme n’ont été diagnostiqués. Ce qui est très rassurant.

     Si vous êtes trop souffrante, mieux vaut alors tirer votre lait, non pour épargner bébé mais pour vous reposer. Les gestes sont les mêmes : vous mettez votre masque, vous vous lavez les mains, en dernier le mamelon, et vous tirez votre lait. N’oubliez pas de stériliser votre tire-lait après !

Est-ce que les bébés allaités sont protégés contre le coronavirus ?

Si je me réfère toujours à une autre étude américaine, les femmes qui ont été atteintes du covid-19 ont développé des anticorps. Ces anticorps passant dans le lait maternel, bébé est à priori protégé, le temps de l’allaitement.

Si vous n’avez pas été infectée par le virus, alors votre bébé ne peut avoir d’anticorps. Peu de cas covid-19 se sont déclarés chez les nourrissons, depuis le début de la pandémie. Il faut rester vigilant car le risque zéro n’existe pas, mais il ne faut pas s’inquiéter outre mesure.

Mon bébé peut-il me transmettre le virus ? Comment gérer l’école, la crèche, et le risque pour votre santé ?

Ces questions me semblent primordiales !

En effet faisant partie d’une population à risque, il est légitime de vous demander si votre enfant peut vous transmettre le virus. Vous êtes à la maison en congé maternité et bébé est avec vous. Le papa travaille, et vos autres enfants vont à l’école. Rien de plus normal que de vous poser des questions et avoir quelques angoisses.

Il est difficile de vous dire de garder vos distances avec votre famille, de porter un masque à longueur de journée. Ce que je fais, est assez simple. Je limite les contacts avec la population. J’éduque en répétant inlassablement à mon entourage les gestes barrières. Je n’embrasse personne, ni même mes enfants sur le visage ou les mains.

En ce qui vous concerne, n’oubliez pas de contrôler votre glycémie plus régulièrement, d’adapter votre thérapie et votre alimentation.

Pour conclure, je vous donne quelques chiffres réconfortants pour la santé de nos enfants. Voici le nombre d’enfants infectés par le virus en France et dans le monde.

En France, les données de surveillance montrent que les enfants sont moins touchés par la maladie Covid-19 et représentent moins de 1% des patients hospitalisés et des décès. Selon Santé Publique France, au 27 octobre dernier : 94 enfants âgés de 0 à 14 ans ont été hospitalisés pour Covid-19 dont 18 en réanimation(1% des cas totaux adulte-enfant). 3 décès d’enfants âgés de 0 à 14 ans ont été enregistrés lors d’une hospitalisation pour Covid-19, depuis le 1er mars. Un décès est survenu au cours de la semaine du 21 au 27 septembre.

Dans le monde, les cas les plus graves reportés sont:

Aux Etats-Unis avec l’annonce des premiers décès : un bébé de neuf mois mort du coronavirus, le 29 mars, puis d’un second âgé de six semaines, quelques jours plus tard.

Au Royaume-Uni, un enfant de 5 ans est décédé du Covid-19 le 4 avril.

En Italie, pays le plus endeuillé par l’épidémie de coronavirus, au 23 mars, 597 cas étaient des enfants et adolescents de moins de 18 ans (soit 1%). Le taux d’hospitalisation des enfants était à cette date de 11% (soit 17,5% chez les moins de 1 an et 7% chez les plus de 7 ans). Aucun enfant n’a eu recours aux soins intensifs, selon les données de l’Istituto Superiore della Sanità italien.

En Chine, pays d’où la pandémie est partie, la revue Pediatrics rapporte 2 143 cas d’enfants chinois, dont 125 cas graves mais seulement 18 critiques et 1 seul décès.

On peut donc  se rassurer mais il ne faut pas relâcher nos efforts et notre vigilance. Le virus est là et circule encore. Gardez en mémoire que ce virus est imprévisible. Personne ne peut savoir s’il va vous atteindre et dans quelle mesure. Personne ne peut prévoir quels seront les symptômes.

Alors vous pouvez vous détendre mais rester en alerte et respectez les gestes barrières.

Je suis à votre disposition pour tous vos doutes et vos questions. Le diabète même en cette période et avec un allaitement doit rester un moment de plaisir et de partage avec votre enfant.

Je suis là pour vous soutenir et vous aider dans votre démarche. Vous pouvez me poser vos questions par l’intermédiaire de mon mail : contact@diabetcontrol.com.

Portez-vous bien et soyez prudentes.

Dr Audrey Levy